Dimanche 30 janvier 2005
Il y a longtemps que je voulais écrire qq mots sur l'écologie et ses mots dérivés.
J'entends par là, le biologique, le biodynamique, le développement local, etc ...
C'est une recherche de ce genre de solutions qui a commencé à me titiller il y a environ 4-5 ans.
C'est en plus un sujet à la mode, bien relayé par les médias de masse, mais à mon sens pas de la bonne manière.
Toutes mes idées, mes réflexions, mes opinions ne tiendraient pas dans un seul article, alors je vais me lancer pas à pas dans des diatribes qui j'espère ne seront pas vaines.
Elles ne le seront pas en tout cas pour moi, car elles devraient m'aider à y voir plus clair dans ce maelstrom tourbillonant.
Pour commencer, et comme maintenant, je me sens plus concerné que jamais, voici quelques réflexions sur le milieu de la montagne, son exploitation, son développement, les choix des élus locaux, etc ...
Depuis que nous sommes venus vivre dans un coin un peu paumé de l'Isère, dans les montagnes de Chartreuse, je commence à me rendre compte de la différence qu'il existe entre la volonté de certaines personnes (acteurs politiques et économiques) de faire des villes à la montagne et celle de présever un patrimoine.
Quand je dis patrimoine, je ne parle pas de sanctuaire, car il est à mon sens possible de faire en sorte que ces lieux puissent exister autrement que dans un mode de vie du type "carte postale des traditions montagnardes". Cela sous-entend aussi qu'il y ait une dynamique de développement local.
Dans la majorité des stations de ski alpines, on observe et cela déjà depuis quelques années, une course au "toujours plus":
Toujours plus de pistes, et toujours plus de remontées mécaniques,
toujours plus de neige artificielle pour garantir toujours plus de ski (et de skieurs) toujours plus tôt,
toujours plus de forfaits vendus, toujours plus chers,
toujours plus de domaines sécurisés en arasant toujours plus les montagnes au mépris de toute contrainte géologique, ...
Bref, je pourrais en faire des dizaines comme cela.
On observe donc des "monstres" du genre Paradiski, les 3 vallées, et consorts qui se battent à coup de publicités et d'investissements lourds pour un secteur un perte de vitesse avérée. Ces domaines ne reculent même pas devant le mépris de la législation sur la préservation des espaces encore sauvages en empiétant sur les territoires des parcs naturels. De la même manière, la création de retenues d'eau pour alimenter des batteries de canons à neige (pas toujours opportuns compte tenu des altitudes) épuisent les nappes phréatiques, modifient l'équilibre végétal et par la même occasion l'écosystème local, en combinant leur utilisation à des adjuvants chimiques qui modifient eux aussi la composition chimique des sols... Tout y passe : terrassements, déboisements, captages (parfois illégaux), destruction d'habitats des animaux, industrialisation (!!!) de la montagne, pillage des ressources locales, ... Tout ceci sans aucune étude préalable sur l'impact environnemental ...
Je vous engage à lire à ce sujet, l'excellent article de l'hebdomadaire l'Express (une fois n'est pas coutume, un article intéressant dans un journal pourtant de droite ...), disponible ici : http://www.lexpress.fr/info/sciences/dossier/precaution/dossier.asp?ida=431316l
Comme il est dit dans cet article, les associations de défense de ces milieux sont qualifiés "d'irréductibles", et on peut penser que certaines personnes suffisament interessées par les revenus dégagés de ce "développement" iront jusqu'à les traiter de "frein à l'économie", de "passéiste", et j'en passe, comme cela se voit dans l'opposition entre le nucléaire et les énergies renouvelables.
Pour ma part, je suis heureux de voir que chez moi, la station de ski a 3 téléskis, que - si ce n'est l'abbatage d'une partie de la forêt (*) pour la construction des pistes - la topographie des lieux n'a pas été modifiée, et qu'en été, ces pistes sont des prairies ou se croisent les animaux, les promeneurs et les champignons ;-), et que c'est encore la commune qui gère la "station" (et pas encore la Cie des Alpes ou toute autre société d'économie mixte).
Certes elle n'est ouverte que les week-ends, les mercredis et pendant les vacances scolaires, mais qui a besoin de plus ici? Les pistes ne sont que rarement damées, sauf par le passage des skieurs et je ne crois pas avoir du montrer encore une seule fois mon forfait ...
Il faut avoir conscience aussi que le bonheur du ski tel qu'on le présente ("la montagne, ça vous gagne") n'est qu'un pur produit marketing, créé de toute pièce, et ne répondant à aucun besoin, si ce n'est celui de certains promoteurs de trouver une nouvelle niche pour augmenter et diversifier leurs dividendes. Un conditionnement de plus ...
A ce sujet, je vous engage à nouveau à lire la terrible vérité d'Alain Lefebvre (**) sur les sports d'hiver: http://www.alain-lefebvre.com/tv/tv-sports-hiver.htm
Ces propos acerbes me permettent d'étayer le fait qu'il existe une vie entre la sanctuarisation d'un lieu, et son développement excessif. Je ne peux pas appeler cela du développement durable (terme qui au passage ne veut rien dire, si ce n'est s'inscrire à nouveau dans une course au profit : développement, développement, développement, ...) ni de la décroissance, mais en tout cas, on commence à s'en rapprocher.
Chez moi, les gens essayent de vivre dans leur milieu sans (trop) le trafiquer, sans (trop) l'exploiter, juste en essayant d'être le plus possible en accord avec leur environnement et avec la conscience qu'ils sont ici les acteurs d'un privilège rare : celui de l'humilité de l'homme face à la nature.
Sur ce, je retourne voir si ma montagne est belle :-)
(*) : au sujet de l'abbatage de la forêt, et en regardant l'évolution sur le dernier siècle des forêts alpines et de la forêt Chartroussine en particulier, il est important de voir que l'entretien (et donc l'abbatage) d'une partie de la forêt fait partie d'une necessité de la survie d'un territoire. En effet, le sapin commun a tendance au fur et à mesure du temps à gagner de plus en plus de terrain sur les prairies alpines (par sa pollenisation naturelle), jusqu'à étouffer et faire disparaître ces même prairies.
Puis à repousser jusqu'aux limites la flore et la faune alors présente. Regardez pour vous en convaincre les sous-bois de sapins : suffisament sombres pour que rien n'y pousse, et que les animaux de ce fait, les désertent.
Couper les arbres, c'est entretenir la forêt et permettre à l'écosystème montagnard de prospérer. Au cours des 50 dernières années, et après une exploitation importante, les chartroussins ont cessé (avec le travail en ville) de déboiser et d'exploiter la forêt. Les forêts alpines ont alors gagné environ 1/3 supplémentaire de surface et recouverts des prairies entières, en limitant les lieux d'alpages, et en contribuant à réduire la ruralité dans le massif de Chartreuse...
Le déboisement (raisonné bien sûr!) n'est pas toujours un crime.
Je passe ici sur l'utilité du bois alors abattu (chauffage, construction) qui peut être réutilisé localement et contribuer au développement local qui curieusement se rapproche là du terme de décroissance (pas de centrales électriques, ...).
(**) : juste un merci à Alain Lefèbvre, à qui je n'ai pas encore pris le temps de le faire de manière plus correcte.
J'entends par là, le biologique, le biodynamique, le développement local, etc ...
C'est une recherche de ce genre de solutions qui a commencé à me titiller il y a environ 4-5 ans.
C'est en plus un sujet à la mode, bien relayé par les médias de masse, mais à mon sens pas de la bonne manière.
Toutes mes idées, mes réflexions, mes opinions ne tiendraient pas dans un seul article, alors je vais me lancer pas à pas dans des diatribes qui j'espère ne seront pas vaines.
Elles ne le seront pas en tout cas pour moi, car elles devraient m'aider à y voir plus clair dans ce maelstrom tourbillonant.
Pour commencer, et comme maintenant, je me sens plus concerné que jamais, voici quelques réflexions sur le milieu de la montagne, son exploitation, son développement, les choix des élus locaux, etc ...
Depuis que nous sommes venus vivre dans un coin un peu paumé de l'Isère, dans les montagnes de Chartreuse, je commence à me rendre compte de la différence qu'il existe entre la volonté de certaines personnes (acteurs politiques et économiques) de faire des villes à la montagne et celle de présever un patrimoine.
Quand je dis patrimoine, je ne parle pas de sanctuaire, car il est à mon sens possible de faire en sorte que ces lieux puissent exister autrement que dans un mode de vie du type "carte postale des traditions montagnardes". Cela sous-entend aussi qu'il y ait une dynamique de développement local.
Dans la majorité des stations de ski alpines, on observe et cela déjà depuis quelques années, une course au "toujours plus":
Toujours plus de pistes, et toujours plus de remontées mécaniques,
toujours plus de neige artificielle pour garantir toujours plus de ski (et de skieurs) toujours plus tôt,
toujours plus de forfaits vendus, toujours plus chers,
toujours plus de domaines sécurisés en arasant toujours plus les montagnes au mépris de toute contrainte géologique, ...
Bref, je pourrais en faire des dizaines comme cela.
On observe donc des "monstres" du genre Paradiski, les 3 vallées, et consorts qui se battent à coup de publicités et d'investissements lourds pour un secteur un perte de vitesse avérée. Ces domaines ne reculent même pas devant le mépris de la législation sur la préservation des espaces encore sauvages en empiétant sur les territoires des parcs naturels. De la même manière, la création de retenues d'eau pour alimenter des batteries de canons à neige (pas toujours opportuns compte tenu des altitudes) épuisent les nappes phréatiques, modifient l'équilibre végétal et par la même occasion l'écosystème local, en combinant leur utilisation à des adjuvants chimiques qui modifient eux aussi la composition chimique des sols... Tout y passe : terrassements, déboisements, captages (parfois illégaux), destruction d'habitats des animaux, industrialisation (!!!) de la montagne, pillage des ressources locales, ... Tout ceci sans aucune étude préalable sur l'impact environnemental ...
Je vous engage à lire à ce sujet, l'excellent article de l'hebdomadaire l'Express (une fois n'est pas coutume, un article intéressant dans un journal pourtant de droite ...), disponible ici : http://www.lexpress.fr/info/sciences/dossier/precaution/dossier.asp?ida=431316l
Comme il est dit dans cet article, les associations de défense de ces milieux sont qualifiés "d'irréductibles", et on peut penser que certaines personnes suffisament interessées par les revenus dégagés de ce "développement" iront jusqu'à les traiter de "frein à l'économie", de "passéiste", et j'en passe, comme cela se voit dans l'opposition entre le nucléaire et les énergies renouvelables.
Pour ma part, je suis heureux de voir que chez moi, la station de ski a 3 téléskis, que - si ce n'est l'abbatage d'une partie de la forêt (*) pour la construction des pistes - la topographie des lieux n'a pas été modifiée, et qu'en été, ces pistes sont des prairies ou se croisent les animaux, les promeneurs et les champignons ;-), et que c'est encore la commune qui gère la "station" (et pas encore la Cie des Alpes ou toute autre société d'économie mixte).
Certes elle n'est ouverte que les week-ends, les mercredis et pendant les vacances scolaires, mais qui a besoin de plus ici? Les pistes ne sont que rarement damées, sauf par le passage des skieurs et je ne crois pas avoir du montrer encore une seule fois mon forfait ...
Il faut avoir conscience aussi que le bonheur du ski tel qu'on le présente ("la montagne, ça vous gagne") n'est qu'un pur produit marketing, créé de toute pièce, et ne répondant à aucun besoin, si ce n'est celui de certains promoteurs de trouver une nouvelle niche pour augmenter et diversifier leurs dividendes. Un conditionnement de plus ...
A ce sujet, je vous engage à nouveau à lire la terrible vérité d'Alain Lefebvre (**) sur les sports d'hiver: http://www.alain-lefebvre.com/tv/tv-sports-hiver.htm
Ces propos acerbes me permettent d'étayer le fait qu'il existe une vie entre la sanctuarisation d'un lieu, et son développement excessif. Je ne peux pas appeler cela du développement durable (terme qui au passage ne veut rien dire, si ce n'est s'inscrire à nouveau dans une course au profit : développement, développement, développement, ...) ni de la décroissance, mais en tout cas, on commence à s'en rapprocher.
Chez moi, les gens essayent de vivre dans leur milieu sans (trop) le trafiquer, sans (trop) l'exploiter, juste en essayant d'être le plus possible en accord avec leur environnement et avec la conscience qu'ils sont ici les acteurs d'un privilège rare : celui de l'humilité de l'homme face à la nature.
Sur ce, je retourne voir si ma montagne est belle :-)
(*) : au sujet de l'abbatage de la forêt, et en regardant l'évolution sur le dernier siècle des forêts alpines et de la forêt Chartroussine en particulier, il est important de voir que l'entretien (et donc l'abbatage) d'une partie de la forêt fait partie d'une necessité de la survie d'un territoire. En effet, le sapin commun a tendance au fur et à mesure du temps à gagner de plus en plus de terrain sur les prairies alpines (par sa pollenisation naturelle), jusqu'à étouffer et faire disparaître ces même prairies.
Puis à repousser jusqu'aux limites la flore et la faune alors présente. Regardez pour vous en convaincre les sous-bois de sapins : suffisament sombres pour que rien n'y pousse, et que les animaux de ce fait, les désertent.
Couper les arbres, c'est entretenir la forêt et permettre à l'écosystème montagnard de prospérer. Au cours des 50 dernières années, et après une exploitation importante, les chartroussins ont cessé (avec le travail en ville) de déboiser et d'exploiter la forêt. Les forêts alpines ont alors gagné environ 1/3 supplémentaire de surface et recouverts des prairies entières, en limitant les lieux d'alpages, et en contribuant à réduire la ruralité dans le massif de Chartreuse...
Le déboisement (raisonné bien sûr!) n'est pas toujours un crime.
Je passe ici sur l'utilité du bois alors abattu (chauffage, construction) qui peut être réutilisé localement et contribuer au développement local qui curieusement se rapproche là du terme de décroissance (pas de centrales électriques, ...).
(**) : juste un merci à Alain Lefèbvre, à qui je n'ai pas encore pris le temps de le faire de manière plus correcte.





Points de vues